Ouvrez trois onglets et cherchez la couleur écru. Le premier affiche un sable grisé. Le deuxième montre un beige doré. Le troisième propose un blanc à peine teinté.
Même mot, trois couleurs. Pour une marque qui décline sa palette du site à l’étiquette, ce flou coûte cher.
La réponse courte existe pourtant. Le code le plus repris est #C2B280, soit RVB 194, 178, 128, issu du référentiel ISCC-NBS. Mais aucun standard ne fixe l’écru. Voilà pourquoi il se choisit sur la matière, avant l’écran. Les autres couleurs neutres obéissent à la même logique.
Votre palette dit-elle vraiment ce que vous croyez ?
Un regard extérieur repère en une séance les neutres qui se contredisent.
Demander un audit de marqueQuel est le code couleur de l’écru ?
Le même nom, trois clartés
Aucun mot-clé de ce nom dans la spécification CSS Color du W3C. Valeurs L* calculées depuis les codes HEX, illuminant D65.
La référence la plus citée est #C2B280, soit RVB 194, 178, 128 et HSL 45°, 35 %, 63 %. C’est la valeur retenue par Wikipédia d’après le référentiel ISCC-NBS, et reprise par Adobe Color.
Ce référentiel décrit cette teinte comme un jaune grisé. Le mot compte. L’écru n’est pas un beige doré, ni un blanc chaud. C’est un jaune éteint par une part de gris.
Trois références sérieuses, trois couleurs différentes
Le problème commence dès qu’on compare les sources. Chacune publie un code écru avec la même assurance, et ces codes ne se ressemblent pas.
| Source | HEX | RVB | Ce que l’œil voit |
|---|---|---|---|
| Wikipédia, d’après l’ISCC-NBS | #C2B280 | 194, 178, 128 | Jaune grisé, clarté moyenne |
| Adobe Color | #C2B280 | 194, 178, 128 | Même valeur que l’ISCC-NBS |
| Figma | #E0CD95 | 224, 205, 149 | Beige doré, nettement plus lumineux |
| Code Couleur | #FEFEE0 | 254, 254, 224 | Blanc légèrement teinté de jaune |
Entre #C2B280 et #FEFEE0, l’écart n’est pas une nuance. Le premier se lit comme une couleur à part entière. Le second se confond presque avec le blanc, avec un contraste de 1,03:1 face à un fond #FFFFFF.
Wikipédia mentionne d’ailleurs les deux. Elle retient #C2B280 pour la couleur nommée, et signale #FEFEE0 comme approximation du lin non blanchi d’origine. Deux écrus coexistent donc dans la même fiche.
Pourquoi aucun standard ne s’impose
Le web lui-même n’a pas tranché. La spécification CSS Color du W3C définit des mots-clés pour beige, ivory, linen, oldlace ou cornsilk. Elle n’en prévoit aucun pour l’écru.

Un développeur ne peut donc pas écrire « ecru » dans une feuille de style et obtenir une couleur. Il doit choisir un code. Et il choisira souvent le premier qu’un moteur de recherche lui montre.
La raison de fond est ailleurs. L’écru n’a jamais été inventé comme une teinte. Il désigne l’aspect d’une matière avant traitement, et cette matière varie. Les sections suivantes reviennent sur ce point, parce qu’il décide de tout le reste.
Ce que ce flou change pour une marque
On voit souvent ce schéma chez les marques en construction. Le brief dit « écru ». L’imprimeur sort son nuancier, le développeur copie un code trouvé en ligne, le brodeur choisit un fil.
Trois prestataires, trois interprétations honnêtes, trois couleurs différentes sous le même nom. Personne n’a fait d’erreur. C’est le mot qui ne suffisait pas à décrire une couleur de marque.
D’où la règle que nous appliquons sans exception. Dans une charte graphique, « écru » n’apparaît jamais seul. Il est toujours accompagné de valeurs chiffrées et d’une référence physique.
Avant d’être une teinte, l’écru décrit l’état d’une matière
L’écru est l’étape où rien n’a encore été ajouté
Pour comprendre pourquoi les codes divergent, il faut revenir au mot. Écru vient de « cru », au sens de brut, non préparé. Il qualifie d’abord une matière, pas une couleur.
Du cru à l’écru
Le terme désigne historiquement une toile ou un fil qui n’a été ni blanchi, ni teint. La toile écrue est celle qui sort du métier à tisser, avec la couleur que la fibre lui donne naturellement.
L’anglais a emprunté le mot au français. Selon Wikipédia, son premier usage connu comme nom de couleur en anglais remonte à 1836. Le glissement de la matière vers la couleur est donc tardif.
Ce glissement explique la confusion actuelle. On a fini par nommer une teinte d’après un état, sans jamais fixer quel état exact servait de modèle.
Le point de départ de toute la chaîne textile
L’industrie textile a un mot pour tout ce qui arrive ensuite. Le Larousse définit l’ennoblissement comme l’ensemble des traitements effectués sur les tissus écrus pour en accroître la valeur.
Blanchiment, teinture, apprêt, impression : tout commence sur une base écrue. Le mot fait sourire un studio qui s’appelle Ennoblir. Il dit surtout une chose utile.

Dans la logique textile, l’écru n’est pas un résultat. C’est un point de départ. Une marque qui adopte l’écru choisit symboliquement l’avant, la matière telle qu’elle est.
Une couleur qui change avec la fibre
Si l’écru décrit une matière brute, sa couleur dépend de cette matière. Code Couleur le rappelle : l’espèce végétale ou animale, le filage, l’armure du tissu et le lavage font varier l’écru du crème au beige grisé.
Un coton écru, un lin écru et une laine écrue ne présentent donc pas la même teinte. Les trois sont pourtant de véritables écrus, au sens strict du terme.
Voilà pourquoi chaque référentiel numérique a pu publier son propre code sans se tromper. Chacun a simplement pris un écru différent comme modèle.
Comment le studio tranche
De ce constat, nous tirons une méthode. Quand une marque veut de l’écru, nous ne partons pas d’un code. Nous partons de la matière qui portera la marque.
Si l’identité vit surtout sur du papier, l’écru de référence est celui d’un papier. Si elle vit sur du textile, c’est celui d’une toile. Le code numérique vient après, pour reproduire cette matière à l’écran.
Écru, beige, ivoire, crème, lin, où passe la frontière ?
Deux écrus s’isolent, le troisième rejoint les blancs
Valeurs CIELAB
Crème, aucun code de référence publié.
Positions calculées en CIELAB, illuminant D65, à partir des codes cités dans cet article.
L’écru vit au milieu d’une famille de neutres clairs qu’on confond facilement. Chacun a pourtant une origine et une température propres. Le tableau ci-dessous pose les repères vérifiables.
| Couleur | Origine du nom | Sous-ton dominant | Référence numérique |
|---|---|---|---|
| Écru | Fibre ni blanchie ni teinte | Jaune grisé | #C2B280 (ISCC-NBS), aucun mot-clé CSS |
| Beige | Laine naturelle | Jaune très pâle | beige, #F5F5DC en CSS |
| Ivoire | Matière animale | Blanc chaud très clair | ivory, #FFFFF0 en CSS |
| Lin | Fibre de lin | Blanc rosé très clair | linen, #FAF0E6 en CSS |
| Crème | Produit laitier | Blanc jaune doux | Aucun mot-clé CSS |
La part de gris fait la différence
Ce qui distingue l’écru de ses voisins, c’est sa composante grise, que l’ISCC-NBS inscrit dans sa description même. Le beige partage la même origine textile, puisque le mot désignait d’abord une laine naturelle ni blanchie ni teinte. Notre analyse de la couleur beige détaille ses pièges.
L’ivoire, à l’inverse, reste presque blanc. Sa valeur perçue tient à sa clarté et à sa désaturation, que nous détaillons dans le dossier consacré à la couleur ivoire.

L’écru se situe entre les deux, avec une matité que les autres n’ont pas. C’est cette matité qui lui donne son air brut, et c’est elle qu’on perd en choisissant un code trop doré.
Le test du voisinage
Pour savoir si un échantillon est vraiment écru, posez-le à côté d’un blanc pur, puis d’un beige franc. Un écru paraît teinté face au blanc. Face au beige, il paraît grisé.
Si votre échantillon paraît doré face au beige, il penche vers le beige. S’il disparaît face au blanc, il penche vers l’ivoire. Ce test simple évite des semaines d’allers-retours sur écran.
Pourquoi empiler les neutres salit une palette
Ce qu’on entend souvent en premier brief, c’est le désir d’une palette « tout en douceur ». Écru, ivoire, beige et lin cohabitent alors dans la même charte.
Placés côte à côte, ces neutres se dégradent mutuellement. L’ivoire fait paraître l’écru sale. L’écru fait paraître l’ivoire froid. Le résultat n’est pas doux, il est indécis.
Une palette claire tient mieux avec un seul neutre de base, assumé, et des contrastes francs autour. L’écru supporte très bien ce rôle, à condition d’être le seul.
Ce qu’une marque raconte quand elle choisit l’écru
Ce que l’œil croit voir ne dit pas ce que la matière a subi
Apparence contre mesure
Steenis et al., Journal of Cleaner Production
Directive (UE) 2024/825 : une allégation environnementale peut être textuelle, picturale, graphique ou symbolique. Règles applicables dans les États membres depuis le 27 septembre 2026.
Une couleur porte toujours un récit. Celui de l’écru est particulièrement précis, parce qu’il vient de sa définition même : ce qui n’a pas été traité.
Un signal d’absence de traitement
Dans le textile, cette absence a un poids réel. D’après le Parlement européen, la production textile serait responsable d’environ 20 % de la pollution mondiale de l’eau potable, principalement à cause de la teinture.
L’Agence européenne pour l’environnement va dans le même sens. En 2020, la consommation textile de l’Union exerçait la troisième pression la plus forte sur l’eau et l’usage des sols parmi les catégories de consommation.
Une étoffe écrue évite précisément les étapes de blanchiment et de teinture. Le récit de l’écru n’est donc pas qu’une ambiance. Dans le textile, il peut correspondre à un vrai choix de procédé.
Le public lit l’apparence avant la réalité
Le revers de ce récit, c’est sa puissance. Les consommateurs jugent la durabilité sur des indices visuels, souvent plus que sur les faits. Une étude publiée dans le Journal of Cleaner Production l’a mesuré.
Steenis et ses coauteurs ont comparé deux habillages graphiques équivalents en analyse de cycle de vie. L’habillage d’apparence durable a pourtant été jugé plus durable que l’habillage conventionnel.

L’écart va plus loin. Le bocal en verre arrivait deuxième sur sept emballages dans le jugement des consommateurs. L’analyse de cycle de vie le classait septième, soit le moins durable.
Une palette écrue, kraft et végétale active exactement ce mécanisme. Elle fait percevoir une démarche responsable, que la marque l’ait engagée ou non.
Quand la couleur devient une allégation
Ce point a pris une dimension juridique. La directive européenne 2024/825 encadre les allégations environnementales faites aux consommateurs. Ses règles doivent s’appliquer dans les États membres depuis le 27 septembre 2026.
Sa définition de l’allégation est large. Elle inclut toute représentation textuelle, picturale, graphique ou symbolique. Le texte ne vise aucune couleur en particulier, mais un ensemble visuel peut suggérer une performance environnementale.
Notre position est simple. Une marque peut choisir l’écru pour sa matité ou sa douceur. Elle ne doit pas s’en servir pour suggérer une performance environnementale qu’elle ne peut pas démontrer.
L’écru n’est pas toujours un message écologique
Ce raisonnement ne s’applique pas partout. En papeterie haut de gamme, en couture ou en hôtellerie, l’écru parle de toucher et de patrimoine, pas d’environnement.
Un faire-part sur papier écru évoque la tradition. Un linge de table écru évoque la maison de famille. Dans ces univers, personne ne lit une promesse écologique, et la question du greenwashing ne se pose pas.
Le contexte décide donc du récit. C’est pour cela qu’on ne choisit jamais l’écru hors de son secteur et de ses supports.
Vous sentez que votre palette promet autre chose que ce que votre marque délivre ?
Une refonte bien menée remet l’image au niveau de la réalité.
Découvrir le pack refonte d’identitéComment fixer un écru de marque, la méthode du studio
Puisque l’écru n’a pas de code unique, il faut en fixer un. Voici les trois leviers que nous activons, dans cet ordre, sur chaque projet qui utilise cette couleur.
Premier levier, partir d’un échantillon physique
Nous commençons par la matière qui portera la marque le plus souvent. Un papier pour une marque d’édition, une toile pour une marque textile, un carton pour une marque produit.
Cet échantillon de référence est observé à la lumière du jour, puis sous l’éclairage réel du lieu de vente si la marque en a un. Un écru change beaucoup entre une vitrine froide et une boutique chaude.
Une fois validé, l’échantillon devient la référence officielle. Les codes numériques ne font que l’approcher.
Deuxième levier, déduire les valeurs numériques
À partir de cette matière, nous définissons une valeur pour chaque usage. Une valeur RVB pour l’écran, une valeur CMJN pour l’impression quadri, et souvent une teinte d’accompagnement pour les aplats.
Ces valeurs ne se convertissent pas mécaniquement l’une dans l’autre. Le guide sur le choix entre RVB ou CMJN explique pourquoi une conversion automatique déçoit presque toujours sur les neutres.
Un exemple concret. Figma affiche pour son écru un CMJN de 0, 8, 33, 12. Cette valeur sort d’un calcul mathématique, pas d’un profil d’impression. Imprimée telle quelle, elle donne rarement la couleur attendue.
Troisième levier, imprimer l’écru ou choisir un support écru
Sur le papier, deux stratégies s’opposent. La première consiste à imprimer un aplat écru sur un papier blanc. La seconde consiste à choisir directement un papier naturel et à imprimer dessus en encre sombre.

L’aplat imprimé a des défauts connus. Les bords coupés révèlent le blanc du papier. La couleur varie d’un tirage à l’autre. Et le rendu reste plat, sans la profondeur d’une fibre.
Quand le budget et les volumes le permettent, nous privilégions le support. Un papier écru donne l’écru le plus juste qui soit, puisqu’il est littéralement de la matière non blanchie.
Le contrôle final sur plusieurs écrans
Côté numérique, le dernier piège est l’écran lui-même. Un réglage d’affichage chaud jaunit l’écru, un réglage froid le grise. Nous validons toujours la valeur RVB sur plusieurs écrans différents, dont un téléphone.
Si l’écru paraît sale sur l’un d’eux, la valeur est trop proche du gris. S’il paraît crème, elle est trop saturée. On ajuste jusqu’à ce que la couleur tienne sur tous.
Quel écru avez-vous vraiment ?
Avant de figer un code, vérifiez de quelle référence il se rapproche. L’outil ci-dessous mesure la distance colorimétrique entre votre couleur et six références publiées. Saisissez votre code hexadécimal ou choisissez une couleur.
Quel écru votre code représente-t-il vraiment ?
| Référence | Code | Distance ΔE*ab |
|---|
Références : Wikipédia d’après l’ISCC-NBS, Figma, Code Couleur, W3C CSS Color. Calcul : espace CIELAB et écart ΔE*ab définis par la CIE (Colorimetry, 4e édition), illuminant D65.
Lisez le résultat en deux temps. La référence la plus proche vous dit à quel écru votre code ressemble vraiment. Les écarts de clarté et de chroma vous disent dans quel sens corriger.
Un code annoncé « écru » qui sort plus proche du beige CSS ou de l’ivoire doit vous alerter. Votre palette risque alors de raconter une autre couleur que celle que vous croyez avoir choisie.
Avec quelles couleurs associer l’écru ?
Sept alliances, deux seuils, un bordeaux sur le fil
Seuils WCAG 2.2 : 3:1 pour le grand texte, 4,5:1 pour le texte courant. Ratios calculés par linéarisation sRGB.
L’écru est une base, rarement un acteur principal. Il a besoin d’une couleur qui le contraste pour exister. Mais toutes les alliances séduisantes ne tiennent pas un texte lisible.
Les règles WCAG 2.2 du W3C demandent un contraste minimal de 4,5:1 pour le texte courant, et de 3:1 pour le grand texte. Nous avons calculé les ratios sur les deux écrus les plus utilisés.
| Couleur associée | HEX | Sur écru #C2B280 | Sur écru #E0CD95 | Usage possible |
|---|---|---|---|---|
| Noir profond | #151515 | 8,67:1 | 11,60:1 | Texte courant et titres |
| Bleu nuit | #1F2A44 | 6,77:1 | 9,05:1 | Texte courant et titres |
| Brun espresso | #3B2F2A | 6,13:1 | 8,20:1 | Texte courant et titres |
| Bordeaux | #7A2E12 | 4,48:1 | 5,99:1 | Texte sur #E0CD95, grand texte sur #C2B280 |
| Vert olive | #5C6B4F | 2,72:1 | 3,63:1 | Grand texte sur #E0CD95, aplat ailleurs |
| Terracotta | #F47C57 | 1,27:1 | 1,70:1 | Aplat d’accent uniquement |
| Blanc | #FFFFFF | 2,11:1 | 1,57:1 | À exclure pour le texte |
Les alliances qui portent le texte
Noir profond, bleu nuit et brun espresso fonctionnent sur les deux écrus. Ce sont les couples les plus sûrs pour un site, une carte de visite ou une étiquette chargée en informations.

Le brun espresso mérite une mention. Il prolonge la logique de matière brute de l’écru, là où le noir crée un contraste plus graphique. Le choix dépend du ton que la marque veut tenir.
Le cas du bordeaux, à deux centièmes près
Le bordeaux #7A2E12 illustre bien pourquoi on calcule au lieu d’estimer. Sur l’écru #E0CD95, il passe largement. Sur l’écru #C2B280, il plafonne à 4,48:1, juste sous le seuil.
À l’œil, la différence est invisible. Pour la conformité, elle est décisive. Vérifiez chaque couple avec un outil de contrôle du contraste avant de figer une charte.
Les accents qui ne supportent que l’aplat
Terracotta et vert olive forment des accords très justes avec l’écru. Ils évoquent la terre, le végétal, l’artisanat. Mais leur contraste reste trop faible pour porter du texte courant.
Utilisez-les en aplat, en motif, en illustration. Gardez le texte pour une couleur sombre. Cette séparation des rôles est ce qui rend une palette écrue à la fois chaleureuse et lisible.
Les trois erreurs qui salissent un écru
Un écru se salit en production, rarement en création
Copier le premier code trouvé
La couleur annoncée n’apparaît presque pas à l’écran.
Écrire « écru » seul dans la charte
Un mot, trois interprétations honnêtes.
Poser l’écru à côté d’un blanc pur
Deux blancs concurrents, et l’écru paraît défraîchi.
Promesse d’hygiène ou de précision clinique : le blanc net l’exprime mieux.
Secteur déjà saturé de neutres clairs : la différenciation passe avant l’ambiance.
La plupart des écrus ratés ne viennent pas d’un mauvais goût. Ils viennent de trois réflexes de production, faciles à éviter quand on les connaît.
Copier le premier code trouvé
C’est l’erreur la plus fréquente. Un code est copié d’un site, puis décliné partout. Si ce code est #FEFEE0, l’écru disparaît sur fond blanc, avec un contraste de 1,03:1.
La marque croit afficher une couleur. Ses clients voient un blanc légèrement jauni, que beaucoup d’écrans réduiront à rien. Le parti pris chromatique s’évapore.
Écrire « écru » seul dans la charte
Un mot n’est pas une spécification. Une charte qui indique « fond écru » sans valeurs laisse chaque prestataire interpréter. Au bout d’un an, la marque possède plusieurs écrus et aucun écru de marque.
La correction est simple. Pour chaque usage, la charte donne une valeur RVB, une valeur CMJN, une teinte d’accompagnement si besoin, et la référence de l’échantillon physique.
Poser l’écru à côté d’un blanc pur
Placé près d’un blanc franc, l’écru paraît défraîchi. C’est fréquent sur les sites qui mêlent un fond écru et des photos produits détourées sur fond blanc.

La solution consiste à photographier les produits sur un fond cohérent, ou à retoucher les fonds vers l’écru de la marque. Une palette claire ne supporte pas deux blancs concurrents.
Quand l’écru n’est pas le bon choix
Il existe aussi des cas où l’écru dessert la marque. Une promesse d’hygiène ou de précision clinique s’exprime mieux par un blanc net. L’écru y évoquerait le brut, pas l’impeccable.
Même prudence dans un secteur déjà saturé de neutres clairs. Si tous vos concurrents affichent des tons naturels, un écru de plus vous fera disparaître du rayon. La différenciation prime alors sur l’ambiance.
Vos questions les plus fréquentes sur la couleur écru
L’écru est-il une couleur chaude ou froide ?
L’écru est un neutre chaud, mais tempéré. Sa teinte se situe vers 45° sur le cercle chromatique, du côté des jaunes, et sa part de gris en freine la chaleur. Tout dépend pourtant de la référence choisie. Le #FEFEE0 paraît bien plus lumineux et plus proche du blanc que le #C2B280. La lumière ambiante joue aussi beaucoup. Sous un éclairage froid, un écru peut sembler presque gris, alors qu’il dore sous une lumière chaude.
Quelle différence entre écru et blanc cassé ?
Le blanc cassé désigne une famille, pas une couleur précise. C’est un blanc auquel on ajoute une pointe de couleur pour l’adoucir. L’écru, lui, renvoie à l’aspect d’une matière non blanchie. Il est en général plus coloré et plus mat qu’un blanc cassé. Dans une charte, un blanc cassé sert souvent de fond discret. Un écru affirmé, comme le #C2B280, se lit déjà comme une couleur de marque à part entière.
Écru et lin, est-ce la même couleur ?
Les deux sont liés, puisque l’écru désignait à l’origine le lin non blanchi. Mais en couleur numérique, ils ont divergé. Le mot-clé CSS linen correspond à #FAF0E6, un blanc rosé très clair, bien loin du #C2B280. Choisir l’un pour l’autre change donc profondément une palette. Notre dossier sur la couleur lin détaille ses propres codes et ses usages en identité.
L’écru convient-il à une marque haut de gamme ?
Oui, à condition qu’il soit traité comme une matière et non comme un fond par défaut. Dans le haut de gamme, l’écru convainc quand il s’appuie sur un vrai support, papier épais, toile, gaufrage. Imprimé en aplat sur un papier couché brillant, il perd sa crédibilité. Le luxe se joue ici sur la cohérence entre la couleur et ce qu’on touche. Un écru purement numérique paraît vite banal.
Peut-on utiliser l’écru en mode sombre ?
Oui, et c’est un usage sous-estimé. Inversé, l’écru devient une couleur de texte sur fond sombre. Le #C2B280 posé sur un noir #151515 atteint 8,67:1, bien au-delà du seuil de lisibilité. Il remplace avantageusement le blanc pur, que beaucoup de designers jugent trop dur sur un fond sombre. La marque garde ainsi sa signature chromatique en mode clair comme en mode sombre, sans changer de palette.
Faut-il une teinte Pantone pour un écru de marque ?
Dès que la marque imprime des aplats importants, c’est vivement conseillé. En quadrichromie, un écru varie d’un imprimeur à l’autre, parfois d’un tirage à l’autre. Une teinte d’accompagnement fixe la couleur de façon reproductible. Choisissez-la en comparant le nuancier imprimé à votre échantillon physique, jamais à un écran. Et vérifiez-la sur le papier réel, couché ou non couché, car le support modifie son rendu.
L’écru se mérite à la source
L’écru n’a pas de code officiel, et c’est une bonne nouvelle. Cela oblige à le choisir pour de vraies raisons, sur une vraie matière, plutôt que de copier une valeur au hasard.

Une marque qui fixe son écru à partir d’un papier ou d’une toile obtient une couleur cohérente partout. Une marque qui le copie d’un écran obtient un mot. Pour construire autour de lui une harmonie complète, nos palettes de couleurs donnent des points de départ concrets.
Un écru fixé sur la matière tient partout. Un écru copié d’un écran reste un mot.
Un code copié au hasard
écruUn nom sans couleur fixe.
Vous voulez une palette plus claire, plus cohérente et qui tient sur tous vos supports ?
Parlons de votre marque et de la matière qui la portera.
Contacter le studio
Fabiola Cusset, fondatrice du studio Ennoblir et consultante en image
Fabiola Cusset accompagne dirigeants, marques et porteurs de projet dans la construction d’identités visuelles cohérentes, de la palette au support imprimé. Le studio a notamment signé les univers de la Nereide’s Cup et de L’Art de Rien, et conçu le site portfolio de l’univers Chromakopia.
Rédigé par Fabiola Cusset, fondatrice du studio Ennoblir. Sources vérifiées une à une, statistiques non vérifiables écartées. Mis à jour en octobre 2026.
Découvrir le parcours de Fabiola CussetSources
- Wikipédia, fiche Ecru et référence ISCC-NBS, et fiche Beige pour l’étymologie
- Adobe Color, signification et code de la couleur écru
- Figma, fiche couleur écru et valeurs HEX, RVB, CMJN
- Code Couleur, fiche écru et variations selon la fibre
- W3C, CSS Color Module Level 4, couleurs nommées
- Larousse, définition de l’ennoblissement textile
- Steenis et al., Journal of Cleaner Production, emballage et perception de la durabilité
- EUR-Lex, directive (UE) 2024/825 sur les allégations environnementales
- Parlement européen, impact de la production textile sur l’environnement
- Agence européenne pour l’environnement, textiles et environnement
- W3C, WCAG 2.2, contraste minimal du texte
- CIE, Colorimetry, espace CIELAB et écarts de couleur
Note : selon la situation, certaines valeurs peuvent varier.